La phrase à deux pattes

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La phrase écrite (scolaire) minimale est une phrase qui doit proposer deux informations sémantiques (de quoi ou de qui on parle + qu’est-ce qu’on en dit). Ces eux informations sont liées à deux fonctions syntaxiques (2 constituants obligatoires) : la fonction SUJET et la fonction construite autour du verbe conjugué (qu’il soit seul, avec un ou des compléments de verbe ou avec un attribut). Cette seconde patte renvoie à une fonction syntaxique qu’on appelle PRÉDICAT.

La terminologie grammaticale de 2020 propose une définition de cette phrase à deux pattes avec deux constituants obligatoires : GN + GV et un constituant facultatif GC (groupe circonstanciel ou complément de phrase selon d’autres terminologies).

À la page 82 de cette terminologie, les auteurs indiquent la chose suivante : « Remarque : cette définition de la phrase est hétérogène puisque les constituants GS et GC renvoient à des fonctions (fonction sujet et fonction complément circonstanciel) tandis que le GV renvoie à une nature de mot (le verbe). Cette hétérogénéité permet d’obtenir une description simple et aisément accessible de la structure d’ensemble de la phrase. Une solution plus homogène implique l’introduction d’une nouvelle fonction, la fonction prédicat (ce terme se substituant alors à « groupe verbal »), qui n’est pas encore stabilisée dans la terminologie grammaticale usuelle en milieu scolaire. »

Comme les programmes pour 2025 parlent aussi de « SUJET », il semble plus opportun pour aider les élèves de parler, pour la première patte quand elle est repérée, du ou des mots qui jouent le rôle de sujet qui commande le verbe conjugué. Pour la seconde patte, on peut parler du verbe conjugué qui peut être seul, avec un ou des compléments ou avec un attribut (quand il y a plusieurs mots, parler de groupe verbal a du sens).

Pour poursuivre la réflexion sur la phrase à deux pattes : https://scolagram.u-cergy.fr/attachments/article/216/Gagnon-Peret_scolagram-2_2016.pdf

Activité 1 : séparer chaque patte dans des phrases à 2 pattes (à faire régulièrement dès la fin du CP)

Le but est de différencier le nombre de mots et les pattes qui composent la phrase. Une multitude de configurations sont possibles : 1 mot / 3 mots (Paul mange une pomme.) ; 1 mot / 1 mot (Il dort.) ; 1 mot d’une lettre / 6 mots (J’ai mangé du bon chocolat noir.) ; 4 mots / 5 mots (Le grand vase bleu est sur la grande table. Etc.

Il est possible de proposer des phrases écrites (avec des configurations différentes) sur des bandelettes et de faire séparer puis découper chaque patte. Bien faire remarquer que ces phrases ont un sens complet avec les deux parties.

Quelques exemples de phrases aux configurations différentes : Pierre joue. J’écoute la maitresse. Pierre mange une belle pomme rouge. Mon grand frère mange une belle pomme rouge sucrée. Le petit garçon joue avec ses jouets. Le joli papillon multicolore vole de travers.

Activité 2 : à partir de phrases qui ont le même type de sujet, séparer et recomposer de nouvelles phrases

La condition essentielle pour cette activité est de ne travailler que sur des phrases avec le même type de sujet pour pouvoir ensuite mélanger les pattes. Le plus intéressant est d’avoir des phrases dont la 1ère patte (le sujet) est soit à la 3ème personne du singulier, soit à la 3ème personne du pluriel (choisir une entrée).

Étape n°1 les élèves travaillent sur les phrases et séparent les deux pattes
Étape n°2 deux boites sont constituées (une pour la première patte – le sujet de la phrase – l’autre pour la seconde patte)
Étape n°3 les élèves tirent au hasard une première patte (boite N°1) puis une seconde patte (boite N°2) et compose une nouvelle phrase  (qui sera toujours acceptable sur le plan grammatical mais peut poser de problèmes au niveau du sens)
Étape n°4 les élèves doivent écrire (inventer) une ou plusieurs  phrases à placer avant ou après celle constituée à l’étape 3 pour rendre la phrase acceptable sur le plan sémantique

Voici un corpus déjà utilisé sur l’académie de Besançon (non exhaustif) :

Sujets à la troisième personne du singulier

Le petit garçon prend une glace au chocolat.
Mon chien est dans sa niche.
Elle parlera en premier.
Jules répondit à la question de sa maitresse.
Il chante.
L’ogre mange de bon appétit.
Il attend le train tous les matins.
Le marin a mal au cœur.
Le gros chat du voisin entrait souvent chez nous.
Le petit chaperon rouge aura peur du loup.
Le chauffeur perd ses clés.
Le père Noël descend par la cheminée.
Elle va bien.
Ma grand-mère marcha doucement.
Mélanie essaie de nombreuses paires de lunettes.
Le jardinier cueille les fraises de ton jardin.
Julien ne finit jamais son bol de lait.
Cet enfant veut du chocolat.

L’étape 3 peut amener à construire des phrases du type : Mon chien perd ses clés.

L’étape 4 peut rendre acceptable sur le plan sémantique une telle phrase avec l’écriture de plusieurs phrases qui précèdent du type : Mon chien est un drôle d’animal. Il sait conduire des voitures. Par contre, il est tête en l’air.

 Activité 3 : partir des extractions de la première patte (sujet) pour distinguer nature et fonction

Les éléments qui composent la première patte sont donc un ou des mots qui jouent le rôle de sujet au sein de la phrase partir de phrases qui ont le même type de sujet, séparer et recomposer de nouvelles phrases. En isolant ces sujets (extraction et affichage), les élèves observent que la fonction SUJET peut être tenue par un mot (Nom propre ou pronom) ou plusieurs mots (avant tout des GN). Ces GN deviennent des corpus qui seront à observer et à manipuler dans d’autres situations (en recoupant ce travail d’extraction par la fonction SUJET avec le travail d’extraction en lecture avec la chaine anaphorique).

Activité 4 : le même travail peut être mené avec des phrases à deux pattes qui sont toutes construites avec des sujets au pluriel

L’extraction du ou des mots qui jouent le rôle de SUJET dans ces phrases permet d’observer le pluriel (la marque S). Dans un second temps, il est possible de mener des activités spécifiques, en ciblant que les GN, pour comprendre le pluriel au selon des GN (redondance de la marque terminale –S avec des déterminants au pluriel). La boite à outils du centre Alain Savary sur l’étude de la langue développe cette piste (TYPE 1) > https://centre-alain-savary.ens-lyon.fr/CAS/thematiques/LECTURE-ECRITURE/etude-de-la-langue

Après plusieurs séances de TYPE 1, il est possible de proposer des activités plus courtes de transformation de GN (du singulier au pluriel) de TYPE 2…

 Activité 5 : s’intéresser à la seconde patte…

Pour chaque phrase travaillée, rechercher à repérer le verbe conjugué (comme ce sont des phrases prototypiques simples, il n’y aura qu’un seul verbe conjugué). Le repérage du verbe conjugué se fait par deux manipulations syntaxiques qui sont à construire le plus régulièrement possible avec les élèves (au départ à l’oral) :

  • Mettre la phrase à la forme négative en n’utilisant les adverbes ne, n’…pas (la manipulation sollicitée est l’encadrement) > cet encadrement cerne la partie du verbe conjugué où l’on trouve les marques de temps et de personne (le verbe conjugué quand il est à un temps simple / l’auxiliaire quand il est à un temps composé) ;
  • Transformer la phrase dans le temps (besoin de l’étayage de l’enseignant·e car c’est une manipulation complexe qui demande une certaine maitrise) > écouter et comparer les deux phrases. Le mot qui a changé sur le plan sonore est le verbe conjugué.

Le repérage du verbe conjugué puis la séparation des deux pattes doit amener à l’observation suivante :

Phrase à 2 pattes avec un sujet au singulier   Phrase à 2 pattes avec un sujet au pluriel
Le petit garçon prend une glace au chocolat. Mes chiens grogneront.
Mon chien est dans sa niche. Les marins ont mal au cœur.
Elle parlera en premier. Les gros chats noirs entraient chez nous.
Jules répondit à la question de sa maitresse. Les petits cochons auront peur du loup.
Il chante. Ils ouvrent la fenêtre.
L’ogre mange de bon appétit. Les ogres mangent de bon appétit.

 

Conclusion : il y a toujours un verbe conjugué dans la seconde patte (c’est obligatoire dans les phrases écrites travaillées à l’école).

Ces phrases et le repérage de la fonction SUJET (affichage qui met en avant le repérage en séparant le singulier du pluriel) puis le repérage du verbe conjugué dans la seconde patte, serviront pour enclencher le travail sur les marques de personne (cf. pistes pédagogiques spécifiques).

Activité 6 : faire « grossir » des phrases à deux pattes – l’ajout d’un complément au niveau de la phrase

Partir de phrases à deux pattes (pattes bien identifiées) et faire rajouter un ou plusieurs mots. Cette troisième patte (un complément au niveau de la phrase appelé complément circonstanciel) est déplaçable, supprimable et non pronominalisable.

Il est possible, dans un second temps, de travailler l’identification des 2 pattes obligatoires (de qui ou de quoi on parle – qu’est-ce qu’on en dit) et de la ou les pattes supplémentaires.

Exemple : Le lion affamé dévorera un seul animal chaque jour.

  • De qui (de quoi) je parle ? => Le lion affamé
  • Qu’est-ce que j’en dis ? => dévorera un seul animal
  • Autre groupe => chaque jour